Avis Google diffamatoire : comment porter plainte, et dans quels délais ?

Un avis Google qui vous accuse d'un fait précis et faux peut constituer une diffamation. Voici comment le qualifier, porter plainte dans le délai de 3 mois et obtenir son retrait auprès de Google.
La réponse courte : oui, un avis Google qui vous accuse d'un fait précis et faux peut constituer une diffamation publique, et vous pouvez porter plainte, y compris contre X si l'auteur se cache derrière un pseudonyme. Le point décisif est le temps : vous disposez en principe de 3 mois après la publication pour agir. En parallèle, signalez l'avis à Google et conservez des preuves dès le premier jour.
Avis diffamatoire, avis injurieux ou simple avis négatif : la différence qui change tout
Avant d'engager la moindre démarche, il faut qualifier correctement l'avis. Beaucoup de professionnels parlent de « diffamation » pour un commentaire sévère mais légitime. Or la justice ne sanctionne pas une mauvaise note : elle sanctionne une atteinte à l'honneur ou une insulte.
Selon la fiche officielle de service-public.fr sur la diffamation, il y a diffamation lorsqu'on affirme un fait ou qu'on accuse une personne d'un fait qui porte atteinte à son honneur ou à sa réputation. Ce fait doit être précis et pouvoir faire l'objet d'une preuve contraire. L'injure, elle, est une expression outrageante ou méprisante qui ne renvoie à aucun fait précis, comme le rappelle la fiche service-public.fr consacrée à l'injure.
| Type d'avis | Exemple concret | Qualification probable | Recours principal |
|---|---|---|---|
| Critique d'une expérience | « Une heure d'attente en salle, accueil froid. » | Opinion, liberté d'expression | Réponse publique et argumentée |
| Accusation d'un fait précis | « Ce garage a facturé des pièces qu'il n'a jamais changées. » | Diffamation possible si le fait est faux | Signalement Google, plainte |
| Accusation professionnelle grave | « Ce dentiste a posé une couronne sans mon accord et a falsifié mon dossier. » | Diffamation possible | Signalement Google, plainte, avocat |
| Insulte sans fait précis | « Avocat incompétent et escroc, une honte. » | Injure possible | Signalement Google, plainte |
| Avis d'une personne jamais venue | Avis d'un concurrent ou d'un faux compte | Contraire au règlement de Google | Signalement Google en priorité |
Ce tableau donne des repères, pas une qualification définitive : seul un juge tranche. Le même mot peut être une injure dans un contexte et une opinion dans un autre. En cas de doute, faites relire l'avis par un avocat avant de déposer plainte.
Le délai à ne pas manquer : 3 mois
C'est le piège numéro un. En matière de diffamation et d'injure, service-public.fr indique que la plainte doit être déposée dans un délai de 3 mois suivant les faits (1 an lorsque les propos ont un caractère raciste ou discriminatoire). Ce délai est très court comparé à la plupart des infractions.
Concrètement, si un patient mécontent publie un avis accusateur en janvier et que vous le découvrez en mai, il est peut-être déjà trop tard pour agir sur le terrain pénal. D'où l'intérêt de surveiller régulièrement les avis de votre fiche, ou de confier cette veille à un collaborateur.
Le réflexe à adopter : dès qu'un avis vous paraît diffamatoire, notez la date de publication affichée et faites une capture d'écran le jour même. Vous déciderez ensuite à tête reposée, mais le compte à rebours, lui, a déjà commencé.
Les étapes pour porter plainte contre un avis Google diffamatoire
1. Rassembler des preuves solides
Un avis peut être modifié ou supprimé par son auteur à tout moment. Avant toute chose, conservez :
- des captures d'écran de l'avis complet, avec le nom du profil, la date et l'URL visible ;
- le lien direct vers l'avis (menu « Partager l'avis » sur la fiche) ;
- tout élément qui permet d'identifier l'auteur ou de démontrer que le fait est faux : agenda, facture, dossier, échanges écrits.
Service-public.fr recommande de se munir de tous les éléments démontrant l'infraction et permettant d'identifier l'auteur. Pour un dossier sensible, certains professionnels font en plus dresser un constat par un commissaire de justice, ce qui renforce la valeur des captures.
2. Choisir la bonne voie
Service-public.fr décrit trois façons d'agir :
- La plainte simple, déposée au commissariat ou à la gendarmerie, ou adressée par courrier au procureur de la République du tribunal judiciaire.
- La plainte avec constitution de partie civile, qui permet de demander des dommages et intérêts lors du procès.
- La citation directe, qui saisit directement le tribunal. Elle suppose de connaître l'auteur et exige un acte très précis : l'aide d'un avocat est fortement conseillée.
3. Si l'auteur est anonyme, porter plainte contre X
C'est le cas le plus fréquent sur Google : pseudonyme, prénom seul, photo de profil générique. Service-public.fr précise que la victime peut alors porter plainte contre X. La citation directe, en revanche, n'est pas possible tant que l'auteur n'est pas identifié. L'enquête pourra, le cas échéant, chercher à remonter jusqu'à la personne qui a publié l'avis.
4. Connaître la sanction encourue
Pour une diffamation publique envers un particulier, service-public.fr indique une amende de 12 000 € dans le cas général. Le même montant est indiqué pour l'injure publique envers un particulier. Un avis Google, lisible par n'importe quel internaute, présente en principe ce caractère public, puisque service-public.fr définit la diffamation publique comme un propos pouvant être lu par un grand nombre de personnes. Ces infractions relèvent de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, que nous détaillons dans notre page sur le fondement juridique de nos démarches.
Signaler l'avis à Google, en parallèle de la plainte
La plainte vise l'auteur. Elle ne fait pas disparaître l'avis de votre fiche. Pour obtenir son retrait, deux leviers existent du côté de Google, et ils se cumulent avec la procédure pénale.
Le signalement pour non-respect du règlement
Le règlement des contributions Google Maps interdit notamment les faux avis, le harcèlement, les contenus hors sujet et les avis rédigés en situation de conflit d'intérêts (concurrent, ancien salarié). D'après l'aide officielle Google Business Profile, vous pouvez signaler un avis depuis votre fiche ou via l'outil de gestion des avis. L'examen prend en général plusieurs jours, le statut est consultable dans cet outil, et si l'avis n'est pas retiré, un recours est possible une fois.
La demande de retrait pour raisons juridiques
Lorsque le problème n'est pas une règle de Google mais la loi française, Google propose un parcours distinct pour signaler un contenu pour des raisons juridiques. Google y indique examiner le contenu et pouvoir le bloquer, le supprimer ou en restreindre l'accès. Une copie de votre plainte ou une décision de justice rend évidemment votre demande beaucoup plus convaincante.
Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre guide dédié à la suppression des avis Google négatifs.
Exemples concrets selon votre métier
Médecin, dentiste, kiné
Un patient écrit : « Le docteur m'a prescrit un traitement dangereux pour toucher une commission du laboratoire. » C'est l'accusation d'un fait précis et grave. Attention toutefois à votre réponse publique : vous ne pouvez rien révéler de la prise en charge, même pour vous défendre. Notre page sur le secret médical face aux avis en ligne détaille ce point. Pensez aussi à informer votre Ordre si l'attaque s'inscrit dans une série.
Avocat
Un adversaire perdant publie sur la fiche du cabinet : « Cet avocat a détourné l'argent de ses clients. » Il n'a jamais été client, ce qui pose déjà un problème au regard du règlement de Google, et l'accusation est précise. Signalement, plainte et conservation des preuves vont ici de pair.
Garage et agence immobilière
« Ce garage trafique les compteurs » ou « cette agence encaisse les dépôts de garantie sans les rendre » : ces formulations imputent un comportement délictueux. Si vous pouvez prouver le contraire (factures, relevés, quittances), le dossier est solide.
Quand la fiche elle-même devient le problème
Certains professionnels se retrouvent face à des avis diffamatoires à répétition, ou sur une fiche qu'ils n'ont jamais créée et qu'ils ne souhaitent pas voir exister. Porter plainte à chaque nouvel avis devient alors épuisant, et l'issue est incertaine. Pour une partie d'entre eux, notamment les professions soumises à des règles déontologiques strictes, la solution la plus durable consiste à faire supprimer sa fiche Google plutôt que de mener une bataille avis par avis.
C'est un choix qui se réfléchit : une fiche apporte aussi de la visibilité. Mais si la fiche ne vous sert pas et vous expose, sa disparition met fin, d'un coup, au support même des attaques. CyberCleaner a accompagné la suppression de plus de 2 300 fiches, principalement pour des professionnels de santé, des avocats, des garages et des agences immobilières. Si vous hésitez entre plainte, signalement et suppression de fiche Google, nous pouvons examiner votre situation.
Récapitulatif
- Qualifiez l'avis : fait précis et faux (diffamation), insulte (injure) ou simple opinion.
- Agissez vite : le délai de plainte est en principe de 3 mois.
- Conservez des preuves datées avant que l'avis ne disparaisse.
- Portez plainte, contre X si l'auteur est anonyme, idéalement avec un avocat.
- Signalez l'avis à Google en parallèle, par le règlement ou pour raisons juridiques.
- Si les attaques se répètent, envisagez la suppression de la fiche elle-même.
Cet article a une vocation informative et ne remplace pas le conseil personnalisé d'un avocat.